Chapitre 8
La démocratie au quotidien
"Si le mot « capitalisme » signifie un système de concurrence basé sur la libre disposition de la propriété privée, il faut se rendre compte que seul un tel système permet la démocratie. Lorsque le régime est dominé par une doctrine collectiviste, la démocratie finit inévitablement par se détruire elle-même."
Une économie décentralisée est la signature d’une société en bonne santé : elle caractérise un ordre où les individus coopèrent volontairement, par opposition à une structure où la coopération est simulée par la contrainte réglementaire.
L’axiome de propriété de soi mène logiquement à l’économie de marché : si chacun possède sa force de travail, le droit de l’échanger en devient un corollaire indissociable. Plus qu’une institution imposée, le marché est ainsi la manifestation concrète et le motif émergent d’interactions libres entre individus agissant comme souverains de leur propre vie.
Cela ne signifie pas que tout marché réel est parfaitement libre ou juste. Les marchés historiques ont souvent été faussés par la coercition, le monopole légal, ou l’asymétrie d’information. L’argument n’est pas que les marchés existants sont parfaits, mais que l’échange volontaire est la manifestation cohérente du principe de propriété de soi. La critique des injustices du capitalisme reste légitime — mais elle devrait viser les déviations par rapport à la liberté, non la liberté elle-même.
A. L’économie est la société
Nous ne devrions pas craindre l’économie, car l’économie n’est en elle-même pas grand-chose.
En réalité, si l’économie semble avoir une place si démesurée dans les discussions politiques, ce n’est pas parce que l’économie est une chose extérieure à la société qui vient la régir dans l’ombre, mais bien car l’économie est la société elle-même.
Plus exactement, l’économie n’est qu’une description différente des interactions humaines, vues sous l’angle des échanges de biens et de services.
- Dans la représentation sociale : nous voyons des individus et leurs relations
- Dans la représentation économique : nous voyons des agents et des flux monétaires
Ce sont deux descriptions différentes d’un même objet : la société.
L’économie n’est ainsi pas une chose que l’on est censé réparer lorsque des problèmes apparaissent, car par nature, tout problème économique est en fait un problème dans le tissu social, et toute crise économique est en réalité une crise de la société.
L’exemple de la crise des subprimes
La crise des subprimes, pour citer un exemple frappant, était le résultat prévisible de la cupidité commune de grandes banques, fonds d’investissement, et agences de notation américaines, encouragées par un système de régulation défaillant, abusant de la confiance des uns et des autres pour vendre des produits financiers putrides et opaques, au détriment d’une partie insolvable de la population, puis par effet domino, de leurs propres clients.
Le mécanisme était simple :
- Les banques prêtaient à des gens qui ne pouvaient pas rembourser
- Elles empaquetaient ces prêts vérolés en produits financiers complexes
- Les agences de notation donnaient de bonnes notes à ces produits (conflit d’intérêts)
- D’autres institutions achetaient ces produits pensant qu’ils étaient sûrs
- Quand les emprunteurs, insolvables, ont commencé à faire défaut, tout s’est effondré
Tout cela peut finalement se résumer aux trop grandes protections accordées à certaines institutions financières américaines, qui ont alors utilisé leur carte « too big to fail » pour prendre des risques démesurés, comptant sur le fait que l’État leur viendrait en aide en cas de problème.
En bref, la crise des subprimes était une crise de la société américaine bien avant d’être une crise financière, économique, et du logement.
C’était une crise de l’éthique : les banquiers ont abandonné toute retenue morale parce que c’était légal et qu’ils ne risquaient rien. Les agences de notation ont menti parce que cela leur était profitable. Les régulateurs ont fermé les yeux parce qu’ils étaient capturés par l’industrie.
Bien sûr, de nouvelles lois ont été passées suite au désastre (Dodd-Frank Act), afin de séparer les responsabilités des banques et limiter leur pouvoir de nuisance. Mais il faut bien garder en tête qu’il s’agit là d’une sorte d’accidentologie : telles les règles du contrôle aérien qui s’adaptent après un accident pour éviter qu’il ne se reproduise, celles de la société évoluent pour empêcher qu’une catastrophe ne puisse arriver deux fois de la même façon.
Là où il est légitime d’établir de nouvelles règles basées sur l’étude des circonstances — puisqu’il est tout à fait exact de dire qu’une catastrophe économique causée par la collusion, l’arrogance, l’égoïsme et la cupidité de quelques-uns contrevient aux libertés fondamentales des individus —, cette logique ne s’applique pas au principe de précaution qui, sous prétexte de protéger la société, établit des règles qui ne sont pas justifiées empiriquement.
Le principe de précaution dit : “Interdisons X au cas où ce serait dangereux, même sans preuve.” C’est l’inverse de l’accidentologie, qui dit : “X s’est avéré dangereux, adaptons nos règles.”
Le marché libre n’est pas parfait, mais démocratique
Là encore, nous pourrions être tentés d’utiliser ce genre de crises pour argumenter contre un marché libre et décentralisé. Si le capitalisme crée des crises, nous pourrions nous dire qu’il faut plus de régulation, n’est-ce pas ?
Mais là encore, il s’agit d’une erreur.
Attention : il n’est pas question de dire qu’un marché libre et décentralisé est toujours rationnel et efficient — car de toute évidence ce n’est pas le cas. Les marchés peuvent être irrationnels, créer des bulles, et mal allouer les ressources.
Mais il a ce net avantage de laisser le pouvoir de décision aux individus qui le composent, c’est-à-dire tout le monde.
Il n’y a pas de démocratie dans un marché centralisé et planifié, car il s’agit là encore une fois d’abandonner son propre pouvoir de décision à une entité qui ne saura pas quoi en faire, si ce n’est justifier sa propre existence.
Dans un marché libre :
- Vous décidez où travailler
- Vous décidez quoi acheter
- Vous décidez quoi produire
- Vous décidez avec qui commercer
Dans un marché planifié :
- L’État décide où vous travaillez
- L’État décide ce que vous pouvez acheter
- L’État décide ce qui doit être produit
- L’État décide qui commerce avec qui
Le premier est démocratique au sens premier: vous exercez à chaque instant votre pouvoir de décision, à votre échelle et selon vos propres règles.
Le second, en supprimant le pouvoir de décision des individus par la coercition, ne peut être que tyrannique.
“Dans la société de concurrence le pauvre a beaucoup moins de possibilités que le riche, c’est entendu. Il n’en est pas moins vrai que dans cette société le pauvre est quand même plus libre qu’une personne disposant d’un plus grand bien-être matériel dans un autre genre de société. Sous le régime de la concurrence, l’homme qui part de zéro a beaucoup moins de chance d’acquérir une grande richesse que l’homme doté d’un héritage important, mais il peut y parvenir. Et c’est seulement dans la société de concurrence que ce résultat dépend uniquement de lui et non pas des faveurs des puissants. Nous avons oublié ce que signifie le manque de liberté. C’est pour cela que nous ne tenons pas compte d’un fait élémentaire : un ouvrier non spécialisé a en Angleterre plus de possibilités d’organiser sa vie à son goût que, par exemple, un petit patron en Allemagne ou qu’un ingénieur bien payé en Russie. Qu’il s’agisse de changer de travail ou de résidence, de passer ses loisirs selon ses idées ou d’émettre ses opinions personnelles, notre ouvrier ne rencontre pas d’obstacles absolus, n’encourt pas de risques pour sa sécurité physique et pour sa liberté. Il paie plus ou moins cher pour satisfaire ses penchants, mais n’est pas astreint, par l’ordre d’un supérieur, à s’employer à une certaine tâche et à vivre dans un endroit défini.”
— Friedrich A. Hayek, La Route de la servitude
B. La tyrannie par la bureaucratie
Le miracle de Riazan
À titre d’exemple, nous pourrions rappeler la sinistre affaire du “miracle de Riazan” en URSS.
En 1959, Nikita Khrouchtchev lança un défi aux régions soviétiques dans l’objectif fanfaronnant de tripler la production de viande bovine et de lait. Sur ordre des cellules locales du parti communiste, les cheptels bovins de Riazan et de plusieurs autres régions furent décimés, afin d’atteindre les quotas de production à court terme.
Pendant un an, les quotas furent effectivement respectés : la production avait triplé par rapport à l’année précédente. Mais l’année suivante, il n’y avait plus de vaches pour produire du lait ou de la viande, et les pénuries et les mutineries se multiplièrent.
Pour qu’un tel désastre se produise, il a fallu que :
- L’ordre de tripler la production soit donné au plus haut niveau de l’État
- Des secrétaires des comités régionaux se fassent une joie de tenir des promesses irréalistes pour impressionner leurs supérieurs
- Personne sur le terrain n’ose dire que c’est impossible
- La décision soit imposée de force aux agriculteurs
Sans doute que si la décision avait été confiée aux agriculteurs des kolkhozes concernés, ils n’auraient pas eu l’idée saugrenue de détruire leur propre gagne-pain.
Voilà la différence entre décentralisation et planification : les agriculteurs savent qu’on ne peut pas tripler une production en un an. Mais les dirigeants et les bureaucrates ne le savent pas, ne veulent pas le savoir, et punissent ceux qui le leur disent.
Le bureaucratisme aveugle
Il faut bien garder à l’esprit que ce genre d’idée saugrenue n’est pas l’apanage des régimes totalitaristes. Ce sont toutes les sociétés dans lesquelles la bureaucratie prend le pas sur le pouvoir de décision individuel qui en font les frais.
En tant que super-organisme, l’État n’a que deux moyen de percevoir la réalité : les statistiques et les polémiques, et ne peut donc concrètement agir que sur ces deux leviers.
Si les ordres sont de réduire les crimes, de faire baisser le chômage, ou d’augmenter la production, la solution la plus simple à l’échelle bureaucratique sera toujours de jouer sur la façon dont les statistiques sont comptées, et non d’agir de manière concrète sur ces problèmes.
Pour réduire le crime, il est plus simple de ne pas enregistrer certains crimes, ou de les reclasser en délits mineurs, plutôt que de s’attaquer aux causes profondes du crime ou de lutter plus activement contre la délinquance.
Pour baisser le chômage, il est plus simple de durcir les conditions d’obtention des aides, ou de multiplier les stages non-rémunérés et les formations obligatoires qui retirent les gens des listes que de s’attaquer aux causes profondes du chômage. Les chiffres s’améliorent, mais le problème persiste.
Pour améliorer l’égalité des chances, il est plus simple de créer des quotas ou des discriminations positives que de s’attaquer aux causes profondes de l’accès inégal aux études ou au travail. On atteint la statistique désirée, mais on crée une nouvelle injustice.
Le bureaucratisme n’est pas une menace abstraite : il a des conséquences bien réelles sur l’économie, et donc sur la société.
Économie et société sont une
S’il y avait une seule chose à retenir sur le sujet de l’économie, ce serait la suivante : l’économie est la société, et la société est l’économie. Les deux sont indissociables et sont une seule et même chose.
Par conséquent, derrière toute politique visant à contrôler l’économie se cache une politique visant à contrôler la société. Toute régulation économique représente alors une perte de pouvoir individuel, et donc un échec démocratique.
Toute politique de centralisation ou de planification confine à l’asservissement de la population. Voilà la raison pour laquelle tous les régimes collectivistes ont sombré dans le totalitarisme : en cédant notre liberté économique, nous ne gagnons rien d’autre que la perte de toutes nos libertés.
L’URSS, la Chine maoïste, le Cambodge de Pol Pot, la Corée du Nord, le Venezuela chaviste… tous ont suivi le même chemin : le contrôle de l’économie, qui entraîne le contrôle de la société, qui entraîne le totalitarisme, l’appauvrissement, et finalement l’effondrement ou une réforme forcée.
Par ailleurs, le collectivisme n’est pas le seul à se rendre fautif de ce genre d’effets : à demander toujours plus de dépenses, toujours plus de « Providence », les habitants des sociétés occidentales cèdent eux-aussi leur liberté peu à peu. Qui saurait dire si elles sont encore loin du contrôle total de la société ? Quand l’État contrôle 50 % de l’économie, sommes-nous encore libres ? 60 % ? 70 % ?
Les effets pervers de la régulation
De plus, les politiques se réclamant de la justice sociale ont toujours un effet négatif lorsqu’elles essaient de réduire le pouvoir de décision, puisqu’elles entraînent toujours une réaction des acteurs économiques concernés.
Les gens réagissent aux incitations : si vous changez les règles du jeu, les joueurs changent leur stratégie.
Imposez une trêve hivernale de six mois durant laquelle le locataire ne peut pas être expulsé, et les bailleurs se mettront à demander six mois de loyer en épargne avant de signer, ou refuseront les locataires jugés risqués.
Augmentez le salaire minimum à deux mille euros par mois, et les entreprises supprimeront les emplois qui leur rapportent moins de deux mille euros par mois, automatiseront, ou délocaliseront.
Plafonnez les loyers, et vous verrez le parc locatif se réduire car les propriétaires préfèrent vendre ou laisser vide plutôt que louer à perte.
Accordez une allocation de mille euros aux personnes handicapées pour qu’elles puissent se procurer un équipement particulier, et vous pourrez être sûr que l’équipement en question se mettra à coûter mille euros à l’achat, même s’il coûtait bien moins cher auparavant. Les vendeurs captent la subvention.
Il est important de toujours juger une politique à ses effets par rapport à ses intentions : si une politique rend la société plus difficile à naviguer pour tout le monde, et en particulier pour ceux qu’elle est censée aider, alors il s’agit d’une mauvaise politique et elle doit être abolie.
C. De la coopération à la prédation
Deux types de jeux économiques
Commençons par une distinction fondamentale en théorie des jeux :
Dans un jeu à somme positive, les participants peuvent tous gagner simultanément. La victoire de l’un n’implique pas la défaite de l’autre. Nous créons de la valeur ensemble.
Dans un jeu à somme nulle, le gain de l’un est nécessairement la perte de l’autre. Nous nous battons pour un gâteau de taille fixe.
Cette distinction n’est pas qu’abstraite, car elle détermine la nature même des relations sociales.
Dans un jeu à somme positive, nous voyons autrui comme un partenaire potentiel : coopérer nous enrichit mutuellement et nous avons intérêt à nous entraider.
Dans un jeu à somme nulle, nous voyons autrui comme un concurrent ou un adversaire. Enrichir l’un appauvrit l’autre. Le gain de l’un est la perte de l’autre. Nous avons intérêt à nous combattre.
Le marché libre : un jeu à somme positive
Considérons un échange volontaire sur un marché libre :
Bob a des pommes, et Alice a des oranges. Bob préfère les oranges à ses pommes. Alice préfère les pommes à ses oranges.
Si Alice et Bob échangent leurs fruits, ils sont tous les deux gagnants. Bob a maintenant quelque chose qu’il préfère à ce qu’il avait, et Alice aussi. Ils ont tous deux augmenté leur satisfaction sans que personne ne perde.
C’est le miracle de l’échange volontaire : il crée de la valeur ex nihilo, simplement en réallouant les ressources vers ceux qui les valorisent le plus.
Généralisons maintenant :
Dans un marché libre :
- L’entrepreneur crée de la valeur pour enrichir les consommateurs (en se rémunérant au passage)
- L’employeur offre un travail à l’employé (mutuellement bénéfique)
- Le boulanger produit du pain pour nourrir les clients (échange gagnant-gagnant)
- L’innovateur résout des problèmes pour améliorer la vie de tous
Chaque transaction volontaire est, par définition, bénéfique pour toutes les parties — sinon elle n’aurait pas lieu.
Le marché est un système de coopération massive déguisée en compétition. Les entreprises “rivalisent” pour mieux vous servir. Les travailleurs “rivalisent” pour offrir plus de valeur. Mais cette rivalité produit de la valeur pour tous.
Adam Smith l’avait compris : ce n’est pas de la bienveillance du boucher que nous attendons notre dîner, mais de son intérêt bien compris. Et pourtant, en poursuivant son intérêt, il doit servir les autres et enrichit donc toute la société.
L’intervention étatique : transformation en jeu à somme nulle
Maintenant, observons ce qui se passe quand l’État intervient dans l’économie.
L’État ne crée pas de valeur — il ne peut que redistribuer. Pour donner à Alice, il doit prendre à Bob. Chaque intervention étatique transforme donc une potentielle transaction gagnant-gagnant en une redistribution forcée gagnant-perdant.
Voici comment cela fonctionne concrètement :
| Intervention | Dynamique Naturelle (Jeu à Somme Positive) | Dynamique Étatique (Jeu à Somme Nulle/Négative) | Gagnants (Insiders) | Perdants (Outsiders) |
|---|---|---|---|---|
| Numerus Clausus Médical | Équilibre entre candidats et besoins ; baisse des prix et meilleur accès aux soins. | Pénurie artificielle ; destruction de valeur (soins inexistants, vocations étouffées). | Médecins établis (moins de concurrence, salaires plus élevés). | Patients (prix élevés, attentes longues) et aspirants médecins exclus. |
| Salaire Minimum | Négociation libre ; accès des jeunes à l’expérience et à la formation sur le tas. | Plancher bloquant ; exclusion des profils dont la productivité est inférieure au minimum légal. | Salariés déjà qualifiés et employés (protection contre la concurrence). | Chômeurs non-qualifiés et jeunes sans expérience. |
| Licences Professionnelles | Régulation par la réputation ; offre abondante, innovation et prix compétitifs. | Barrières à l’entrée chronophages et coûteuses ; hausse des prix de 15% à 30%. | Professionnels établis (marché protégé, rente garantie). | Consommateurs (moins de choix) et aspirants pauvres. |
| Subventions Sectorielles | Allocation du capital vers la productivité ; faillite saine des entreprises inefficaces. | Survie artificielle d’activités obsolètes ; gaspillage des ressources collectives. | Secteurs subventionnés (maintien de structures improductives). | Contribuables et secteurs non-subventionnés (concurrence déloyale). |
Le mécanisme général : protéger les insiders contre les outsiders
Observez le motif qui émerge : toute intervention étatique dans l’économie favorise les ceux qui sont déjà établis au détriment de ceux qui voudraient entrer.
Le numerus clausus protège les médecins établis contre les aspirants médecins.
Le salaire minimum protège les salariés qualifiés contre les chômeurs non-qualifiés.
Les licences protègent les professionnels établis contre les nouveaux entrants.
Les subventions protègent les entreprises établies contre les nouveaux concurrents.
La régulation complexe en général favorise les grandes entreprises (qui peuvent payer avocats et lobbyistes) contre les startups et innovateurs.
Ce n’est pas un accident, mais la logique même de l’intervention : ceux qui ont le pouvoir politique l’utilisent pour se protéger de la concurrence.
Pourquoi l’État ne peut que redistribuer, jamais créer
La différence fondamentale entre le marché et l’État est que le marché découvre et crée de la valeur, il est un processus d’expérimentation décentralisée où des millions d’individus testent des idées, et seules celles qui créent effectivement de la valeur survivent ; là où l’État ne peut que redistribuer ce qui existe déjà. Il n’a aucun mécanisme pour découvrir ce qui crée de la valeur — seulement le pouvoir d’imposer les préférences de ceux qui contrôlent l’appareil politique.
Quand un entrepreneur échoue, il perd son propre capital. Le marché sanctionne l’échec.
Quand l’État fait un mauvais choix d’allocation, il gaspille l’argent des contribuables. Personne n’en est tenu pour responsable. L’échec n’est jamais sanctionné — au contraire, il justifie souvent plus d’intervention.
La transformation des mentalités : de la coopération à la prédation
Le plus grave n’est peut-être pas économique mais psychologique et social.
Dans une économie de marché, nous nous enrichissons en créant de la valeur pour autrui. Nous nous demandons comment mieux servir les autres et, en retour, le succès des autres crée des opportunités pour nous.
Dans une économie dirigée, nous nous enrichissons en capturant l’appareil politique pour qu’il nous favorise au détriment d’autrui. La mentalité devient : “Comment puis-je utiliser la loi pour obtenir un avantage ?” Le succès des autres représente une menace.
La première mentalité crée une société de coopération, d’innovation, et d’entrepreneuriat ; la seconde crée une société de lobbying, de corporatisme, de recherche de rente, de conflits perpétuels pour le contrôle de l’État.
C’est ce que les économistes appellent la recherche de rente : une société où l’énergie productive est détournée vers la capture politique plutôt que vers la création de valeur.
L’illusion du “bien commun”
Les interventions étatiques sont toujours justifiées au nom du “bien commun”, de “l’intérêt général”, de la “justice sociale”.
Mais regardez les effets réels :
- Le numerus clausus nuit à la majorité (tous les patients) pour enrichir une minorité (les médecins établis)
- Le salaire minimum exclut les plus vulnérables (jeunes sans qualification) pour protéger les mieux lotis (salariés qualifiés)
- Les licences professionnelles renchérissent les services pour tous pour protéger quelques corporations
Dans chaque cas, une minorité organisée utilise le pouvoir politique pour s’enrichir aux dépens d’une majorité diffuse.
Le “bien commun” invoqué n’est qu’un masque rhétorique pour la redistribution vers des groupes d’intérêt particuliers.
L’État transforme la coopération en conflit
L’économie libre est un système de coopération décentralisée où chacun s’enrichit en enrichissant autrui. C’est un jeu à somme positive.
L’intervention étatique transforme cette coopération en conflit : des groupes rivaux se battent pour capturer l’appareil politique et redistribuer à leur avantage. C’est un jeu à somme nulle — voire négative.
Ce n’est pas une question de “bons” ou “mauvais” acteurs. C’est une question de structure d’incitations.
Donnez à l’État le pouvoir de redistribuer, et vous créez inévitablement une bataille politique pour le contrôle de ce pouvoir. Les individus rationnels investiront leurs ressources non pas dans la création de valeur, mais dans la capture politique.
C’est pourquoi limiter strictement le rôle de l’État n’est pas un dogme idéologique — c’est la seule façon de préserver une société fondée sur la coopération plutôt que sur le conflit.
D. Le masque du bien commun
La prétention de l’État-providence
L’État-providence se présente comme un arbitre neutre et bienveillant qui “équilibre” les intérêts divergents de la société.
Face aux conflits inévitables entre différents groupes aux intérêts opposés, l’État prétend pouvoir identifier la “solution juste” et l’imposer pour le “bien commun”.
Cette prétention repose sur deux illusions :
- Qu’il existe des critères objectifs pour arbitrer entre intérêts contradictoires
- Que l’État peut appliquer ces critères de manière neutre
Aucune de ces prémisses n’est vraie.
Le mythe de l’arbitrage objectif
Comme nous l’avons vu, l’État favorise systématiquement les groupes organisés, les insiders, ceux qui sont déjà établis, ceux qui ont du pouvoir politique ; il défavorise en revanche systématiquement les masses diffuses, les outsiders, ceux qui voudraient entrer, et ceux sans pouvoir politique.
C’est la logique inévitable du processus politique : un groupe concentré avec beaucoup à gagner (ou à perdre) se mobilisera, fera du lobbying, votera en bloc, financera des campagnes, là où une masse diffuse avec peu à gagner individuellement (même si le total est énorme) ne se mobilisera pas.
Par conséquent, l’État arbitre toujours en faveur du groupe concentré au détriment de la masse diffuse.
Mais peut-être que le problème est juste que notre démocratie actuelle est imparfaite ? Peut-être qu’avec de meilleures institutions, l’État pourrait vraiment arbitrer de manière neutre ?
Non. C’est structurellement impossible, pour plusieurs raisons :
Raison n°1 : L’absence de critère objectif
Comment décider objectivement si les intérêts des locataires pèsent plus lourd que ceux des propriétaires ? Si le “droit au logement” prime sur le “droit de propriété” ?
Il n’existe pas de balance morale objective pour peser ces intérêts. Toute décision est nécessairement un jugement de valeur — donc arbitraire au sens philosophique.
L’État peut invoquer des principes (“solidarité”, “justice sociale”, “équité”), mais ces principes eux-mêmes sont contestables et contradictoires entre eux.
Raison n°2 : Le problème du calcul
Même si nous pouvions d’une manière ou d’une autre peser objectivement les intérêts, l’État ne possède pas l’information nécessaire pour calculer l’équilibre optimal.
Les préférences individuelles sont subjectives, variables, et connues seulement de chacun. Aucun planificateur central ne peut les agréger — c’est le problème du calcul économique identifié par Mises et Hayek.
Le marché “résout” ce problème par les prix, qui agrègent automatiquement l’information dispersée. Mais l’État qui fixe les loyers, les salaires, ou les prix n’a pas accès à cette information.
Raison n°3 : La capture politique inévitable
Même si l’État voulait être neutre, il ne pourrait pas l’être : les groupes d’intérêt captureront toujours le processus politique.
C’est ce que nous avons vu dans la section sur l’État comme super-organisme : chaque acteur — législateur, régulateur, fonctionnaire — répond à des incitations qui favorisent certains groupes plutôt que d’autres.
Le mythe du “représentant du peuple” qui vote pour “l’intérêt général” ne survit pas à l’analyse des incitations réelles.
La véritable question : qui décide pour qui ?
Le problème fondamental de l’État-providence n’est pas qu’il arbitre “mal”, mais plus simplement qu’il prétend pouvoir arbitrer.
Quand l’État décide qu’un loyer est “trop élevé”, il dit implicitement : “Le propriétaire n’a pas le droit de demander ce prix pour SA propriété. Je sais mieux que lui et le locataire ce qui est un prix juste.”
Quand l’État décide qu’un salaire est “trop bas”, il dit : “L’employeur et l’employé n’ont pas le droit de négocier librement. Je sais mieux qu’eux ce qui est un salaire acceptable.”
Quand l’État décide qu’une profession doit être réglementée, il dit : “Vous n’avez pas le droit de juger par vous-même qui est compétent pour vous servir. Je déciderai pour vous.”
Dans chaque cas : l’État se substitue aux jugements individuels des personnes concernées.
La question devient alors : Pourquoi l’État aurait-il cette légitimité ?
Sur quelle base les bureaucrates et législateurs — qui ne connaissent ni les circonstances particulières, ni les préférences individuelles, et qui n’assument aucune conséquence de leurs erreurs — peuvent-ils prétendre savoir mieux que les individus concernés ce qui est bon pour eux ?
L’alternative : le consentement mutuel
La seule alternative à l’arbitrage étatique arbitraire est le consentement mutuel.
Dans un échange libre : Le propriétaire propose un loyer, le locataire accepte ou refuse. S’ils s’accordent, c’est que les deux jugent l’échange avantageux. Personne n’impose sa préférence à l’autre.
Dans une négociation salariale libre : L’employeur propose des conditions, l’employé accepte ou refuse. S’ils s’accordent, c’est que les deux préfèrent cet arrangement à leurs alternatives.
Dans un choix de service : Le prestataire offre ses services au prix qu’il juge approprié, le client accepte ou cherche ailleurs. Si transaction, c’est que les deux y trouvent leur compte.
Remarquez : il n’y a aucun arbitrage nécessaire. Les intérêts contradictoires se résolvent d’eux-mêmes par le consentement ou l’absence de transaction.
Personne n’impose sa préférence à autrui. Personne ne prétend savoir mieux que les concernés ce qui est bon pour eux.
L’objection du “rapport de force”
“Mais les parties ne négocient pas sur un pied d’égalité ! Le propriétaire / employeur / entreprise a plus de pouvoir. L’État doit rééquilibrer.”
Premièrement : Le “pouvoir de négociation” n’est que le reflet des alternatives disponibles. Si les locataires ont peu de pouvoir, c’est qu’il y a peu de logements ; et nous avons vu que c’est précisément la régulation qui crée cette pénurie.
Deuxièmement : L’État ne “rééquilibre” rien. Il impose simplement son jugement arbitraire en prétendant qu’il est juste. Mais “juste” selon quel critère ?
Troisièmement : Même si un déséquilibre existe, la solution n’est pas que l’État impose un “équilibre” arbitraire, mais qu’il supprime les barrières à l’entrée qui créent le déséquilibre (régulations, licences, monopoles légaux).
Quatrièmement : L’asymétrie de pouvoir est infiniment pire entre l’État (qui peut vous emprisonner) et l’individu, qu’entre deux parties privées qui peuvent simplement refuser de contracter.
L’arbitrage est toujours au profit du pouvoir
Le principe de l’État-providence — imposer des arbitrages entre intérêts contradictoires — n’est rien d’autre qu’une justification rhétorique pour que ceux qui contrôlent l’appareil politique imposent leurs préférences à tous les autres.
Ces préférences sont présentées comme “objectives”, “justes”, “équitables”…, mais c’est un masque.
Dans les faits :
- Les critères sont arbitraires
- Les résultats favorisent les groupes organisés contre les masses diffuses
- Les “protections” créent souvent les problèmes qu’elles prétendent résoudre
- Personne n’assume la responsabilité des conséquences négatives
L’alternative n’est pas l’anarchie ou la loi de la jungle, mais la reconnaissance que les individus sont propriétaires d’eux-mêmes et de leur travail, et que toute transaction volontaire est par définition mutuellement bénéfique — sinon elle n’aurait pas lieu.
La vraie protection des faibles n’est pas dans l’arbitrage étatique arbitraire, mais dans la suppression des privilèges et des barrières à l’entrée qui créent les asymétries de pouvoir en premier lieu.
E. Le pouvoir privé peut-il opprimer ?
À ce stade, une objection légitime se présente : “Si nous limitons drastiquement le pouvoir coercitif de l’État et permettons la libre concurrence des juridictions, ne risquons-nous pas simplement de voir émerger des tyrannies privées ? Les corporations, les monopoles, et les les riches ne deviendront-ils pas les nouveaux oppresseurs ?”
C’est une question sérieuse qui mérite une réponse appropriée, car si notre philosophie se contente de remplacer une forme d’oppression par une autre, alors elle n’a aucun intérêt.
Commençons par clarifier ceci : oui, le pouvoir économique concentré peut devenir une forme d’oppression.
Un travailleur piégé dans une ville-entreprise où tout — logement, magasins, services — appartient au même propriétaire n’est pas vraiment libre, même si techniquement il a “consenti” à y travailler.
Une entreprise qui pollue l’air que nous respirons viole notre propriété corporelle, même si elle ne nous touche pas directement.
Un monopole territorial qui contrôle une ressource essentielle et impose des prix extorsionnaires exerce une forme de coercition économique.
Reconnaître ces réalités ne contredit pas le droit naturel : au contraire, cela l’étend logiquement.
Mais les remèdes diffèrent radicalement : la différence fondamentale entre notre approche et celle de l’État-providence n’est pas que nous nions le problème du pouvoir privé. C’est que nous proposons des solutions structurelles plutôt que bureaucratiques.
1. La responsabilité plutôt que la régulation
Face aux externalités négatives (pollution, nuisances, fraude), le réflexe contemporain est la régulation préventive : normes, autorisations, inspections, quotas.
Notre approche repose au contraire sur un principe de responsabilité stricte et de réparation : la bureaucratie ne nous dit pas comment produire, mais nous sommes pleinement responsables si notre production nuit à autrui.
Au lieu de normes environnementales complexes que les grandes entreprises contournent mieux que les petites, nous proposons une règle simple : la pollution d’une rivière doit entraîner une réparation complète auprès des riverains et de la société.
Cela crée les bonnes incitations (l’entreprise cherche la façon la plus efficace de ne pas nuire) tout en évitant la capture réglementaire et la bureaucratie.
2. Les corps intermédiaires comme contrepoids
Entre l’individu isolé et l’État centralisé, il faut des structures intermédiaires volontaires qui créent des contrepoids au pouvoir économique : syndicats libres, coopératives, mutuelles, associations professionnelles.
Un syndicat fort peut négocier d’égal à égal avec un employeur puissant — mais les deux parties restent libres d’accepter ou refuser. Ces structures horizontales empêchent la concentration du pouvoir sans créer de monopole étatique de la contrainte.
3. Le droit de sortie comme test ultime
Voici un critère simple pour distinguer une oppression d’une asymétrie légitime : y a-t-il un droit de sortie réel ?
Un employé peut-il démissionner et trouver du travail ailleurs… ou bien est-il piégé dans une situation de dépendance totale ?
Un consommateur peut-il choisir entre fournisseurs… ou bien est-il captif d’un monopole territorial ?
Un citoyen peut-il quitter un système de santé ou d’éducation pour en rejoindre un autre… ou bien est-il enfermé dans un monopole public ?
Le droit de sortie transforme une relation de domination en relation d’échange.
C’est pourquoi nous devons faciliter la mobilité géographique et professionnelle, empêcher la formation de monopoles coercitifs (ceux qui empêchent physiquement l’entrée de concurrents), et permettre la sécession individuelle et la compétition entre juridictions — y compris au sein d’un même territoire.
Un État oppressif voit ses citoyens partir. Une ville-entreprise abusive voit ses travailleurs partir. Un système de santé inefficace voit ses adhérents réallouer leur rente commune ailleurs. La compétition entre juridictions est le meilleur régulateur du pouvoir — bien plus efficace que n’importe quelle bureaucratie centrale.
4. L’information comme condition du consentement
L’asymétrie d’information est une forme de pouvoir. Un employeur qui connaît parfaitement le marché face à un employé ignorant n’est pas dans une relation équitable.
La loi ne devrait pas nous dire à quel prix vendre ou qui embaucher, mais elle devrait nous interdire de mentir sur ce que nous vendons ou offrons. C’est une extension logique du droit contre la fraude — car un échange n’est volontaire que si le consentement est éclairé.
5. La décentralisation comme structure de liberté
Le vrai ennemi n’est pas le pouvoir en soi — c’est le pouvoir concentré et incontestable.
C’est pourquoi nous préférons mille petites entreprises à un monopole géant, des juridictions concurrentes à un État centralisé, des associations volontaires à des structures obligatoires, et des marchés locaux à des planifications nationales.
Non pas parce que “petit c’est toujours bien”, mais parce que la décentralisation permet la sortie, la comparaison, la contestation.
La différence avec l’approche étatiste
Il serait naïf de croire que tout échange consenti est automatiquement juste. Nous devons reconnaître que la coercition peut être économique, pas seulement physique ; les externalités violent les droits sans contact direct ; l’information asymétrique fausse le consentement ; les monopoles territoriaux peuvent devenir oppressifs ; et qu’un État qui impose un monopole de service est aussi oppressif qu’une entreprise privée qui empêche toute alternative.
Il ne s’agit pas de réguler préventivement tous les comportements économiques ou de justifier une redistribution forcée du fruit du travail, mais de tenir pour responsables ceux qui causent des dommages à autrui, et de permettre aux plus faibles de s’organiser librement tout en redistribuant équitablement les rentes sur les biens communs.
Pour autant, nous devons refuser de confier à un pouvoir centralisé et coercitif le soin de résoudre ces problèmes, là où des solutions structurelles — responsabilité stricte, corps intermédiaires, droit de sortie — seraient plus efficaces sans créer de nouvelles formes d’oppression.
C’est une philosophie de la liberté qui prend au sérieux tous les dangers du pouvoir — étatique comme privé — et qui organise la société pour les disperser plutôt que pour en changer simplement le détenteur ou pour créer de nouveaux monopoles.
Nous sommes conscients que cette vision repose sur une confiance dans les mécanismes de marché et de concurrence juridictionnelle que certains jugeront excessive. Notre pari est que la décentralisation, la responsabilité, le droit de sortie, les corps intermédiaires, et la possibilité pour l’État de proposer des services sans les imposer (comme nous le verrons au prochain chapitre) créent de meilleures incitations que soit la centralisation bureaucratique coercitive, soit le libertarianisme pur qui abandonne toute coordination collective.
Peut-on en être certain ? Non. Mais l’histoire du XXe siècle nous a montré les dangers du pari inverse : croire que concentrer le pouvoir dans l’État protège contre l’oppression ne mène qu’à l’exploitation et parfois à la mort. Notre approche disperse le pouvoir plutôt que de le concentrer, tout en permettant la coopération volontaire à grande échelle.
Nous avons démontré que la véritable démocratie ne réside pas dans l’urne électorale, mais dans la démocratie par le marché : un système d’interactions quotidiennes fondé sur le consentement mutuel et la création de valeur. En laissant les individus décider de leurs propres échanges, nous transformons la société d’un champ de bataille de redistribution (somme nulle) en un moteur de coopération massive (somme positive).
Pourtant, une ombre subsiste sur cette liberté. Si l’individu est souverain sur sa personne et sur le fruit de son travail, il ne l’est pas par nature sur la planète elle-même.
Pour que le marché soit réellement libre, il lui faut une arène. Or, cette arène — la terre et ses ressources — possède une caractéristique unique : personne ne l’a créée, et personne ne peut en augmenter la quantité.
Tant que nous échangeons du travail ou du capital, nous sommes dans le domaine du génie humain et de la coopération.
Dès que nous clôturons un espace de nature, nous basculons dans le risque du monopole territorial et de la rente stérile.
Si le sol est monopolisé par quelques-uns, la liberté d’échange devient une illusion, car l’individu se retrouve forcé de payer un “droit d’exister” sur une terre qu’aucun de ses semblables n’a produite.
Comment concilier l’absolue propriété de soi avec le droit égal de tous à accéder aux ressources de la Terre ? Comment empêcher que le capitalisme ne s’effondre sous le poids de la rente foncière, sans pour autant tomber dans les travers du collectivisme qui détruit toute incitation à produire ?
C’est ici qu’intervient la pensée de Henry George. En distinguant ce que l’homme produit (le profit légitime) de ce que la nature donne (la rente commune), le georgisme propose l’ultime verrou de sécurité pour une société libre. C’est cette clé de voûte, capable de financer un État volontaire tout en éradiquant la pauvreté structurelle, que nous allons maintenant explorer.