Chapitre 9
Rebâtir le commun
"La Lune appartient à tout le monde — Les meilleures choses dans la vie sont gratuites"
Si le marché libre est, par essence, le processus démocratique le plus quotidien qui soit, il bute pourtant sur un obstacle de taille : le financement des fonctions collectives. Comment préserver ce miracle de la coopération décentralisée tout en résolvant le dilemme fiscal ? C’est ici que la distinction entre le fruit du travail et la ressource naturelle nous offre une voie de sortie inattendue.
A. Le dilemme fiscal
Nous avons exploré comment l’État grossit inexorablement, comment la régulation détruit la conscience morale individuelle, comment défendre intellectuellement la liberté. Mais une question demeure, pragmatique et incontournable :
Comment financer les fonctions collectives sans violer la liberté et la propriété ?
Car nous avons besoin de certaines fonctions collectives — défense, justice, ordre public, et potentiellement éducation, santé, ou infrastructure — mais nous ne pouvons pas éviter le financement. La question devient alors : quelle est la forme de financement qui ne viole pas l’axiome fondamental de propriété de soi ?
Le problème de l’impôt traditionnel
Nous l’avons établi précédemment : l’impôt traditionnel est un vol. La formule peut paraître provocatrice, mais elle découle logiquement de notre axiome.
Vous possédez votre corps. Donc vous possédez le fruit de votre travail. Prendre ce fruit sans votre consentement, c’est du vol. Même si ce vol finance des choses nécessaires.
On ne choisit pas de payer ou non l’impôt traditionnel : il est prélevé de force, sous menace de sanction.
Mais devons-nous pour autant renoncer à toute forme de coordination collective au-delà des fonctions minimales ? Pas forcément. La question qui se pose est : comment organiser des services collectifs sans violer la propriété de soi ?
Le plus souvent, on considère qu’il suffit de prendre à chacun en fonction de ses moyens : prendre peu à celui qui possède peu, et prendre beaucoup à celui qui possède beaucoup. C’est l’impôt progressif sur le revenu.
Ce n’est pas une mauvaise intention en soi, mais elle pousse à situer le prélèvement de l’impôt sur le revenu et la dépense, ce qui revient à sanctionner la collaboration par le travail et la consommation au sein de la société.
Vous travaillez ? On vous taxe. Vous dépensez ? On vous taxe. Vous épargnez ? On taxe vos intérêts. Vous investissez ? On taxe vos plus-values. Vous créez une entreprise ? On taxe vos bénéfices.
À chaque fois que vous créez de la valeur ou échangez, l’État prend sa part. Cela décourage la productivité et l’échange.
Plus fondamentalement : cela viole l’axiome de propriété de soi. Vous avez travaillé avec votre corps. Le produit de ce travail vous appartient. Le prélever de force, c’est violer votre propriété corporelle étendue.
Peut-on faire mieux ?
B. Le principe georgiste
Une autre réponse — philosophiquement plus cohérente — consisterait à dire qu’il ne faut prélever que sur ce qui n’appartient à personne en particulier.
Cette chose que l’on peut posséder au détriment des autres, ce sont les ressources naturelles — la terre au premier chef, mais pas seulement.
La terre n’appartient à personne
Voici le point crucial : la terre préexistait à toute propriété humaine.
Personne ne l’a créée. Personne ne l’a produite par son travail. Elle était là avant nous, elle sera là après nous.
Quand vous construisez une maison, elle vous appartient — vous l’avez créée de vos mains (ou vous avez payé quelqu’un pour le faire avec le fruit de votre travail). Mais le terrain sur lequel elle repose ? Vous ne l’avez pas créé.
Vous possédez la maison. Vous n’avez jamais possédé légitimement le terrain.
Au mieux, vous avez un droit d’usage exclusif sur ce terrain. Mais ce droit d’usage devrait logiquement être compensé — car en l’utilisant exclusivement, vous privez les autres de cette ressource commune.
La rente foncière capte la valeur sociale
De plus, le propriétaire foncier n’a qu’un pouvoir limité sur la valeur perçue de son bien : si le bâti a évidemment une influence, celle-ci est dérisoire quand on la compare à celle de l’emplacement et de la taille du terrain.
Un appartement médiocre à Paris vaut plus qu’un château en Corrèze. Pourquoi ? L’emplacement.
Et qu’est-ce qui détermine la valeur de l’emplacement ?
- Commerces de proximité
- Écoles
- Hôpitaux
- Transports publics
- Infrastructure routière
- Sécurité
- Attractivité culturelle
- Opportunités économiques
Toutes choses fournies par le reste de la société, souvent financées collectivement.
Ce n’est donc pas vraiment sur ce qu’il a fait construire que le propriétaire foncier établit sa rente, mais sur ce que la société dans son ensemble fournit autour de son terrain.
La société construit un métro → La valeur de votre terrain augmente → Vous n’avez rien fait, mais vous êtes plus riche.
Autrement dit : la société crée de la valeur, et les propriétaires fonciers la capturent.
Les autres ressources naturelles
Mais la terre n’est pas la seule ressource naturelle qui génère de la rente au détriment de la société.
Les ressources du sous-sol — pétrole, gaz, minerais, métaux rares — appartiennent de facto à celui qui possède le terrain qui les surplombe. Pourtant, ces ressources existaient bien avant que quiconque ne puisse les revendiquer. Elles sont le fruit de processus géologiques s’étalant sur des millions d’années.
Celui qui les extrait ne les a pas créées. Il s’approprie un bien qui préexistait à son droit de propriété, un bien dont la valeur provient entièrement de la nature et de la demande de la société.
Le spectre électromagnétique — les fréquences radio, les bandes de télécommunication — est une ressource limitée qui ne peut appartenir à personne en particulier. Pourtant, son exploitation génère des profits considérables pour ceux qui en obtiennent l’usage.
L’eau, les forêts, les ressources halieutiques — tout ce qui existe naturellement et en quantité limitée — suit la même logique. Ce sont des biens communs de l’humanité, non des créations individuelles.
La question centrale
Pourquoi celui qui s’approprie un bien commun devrait-il en garder tous les bénéfices ?
La réponse logique : il ne le devrait pas. La société devrait être rétribuée pour l’usage privatif d’une ressource qui lui appartient collectivement.
Ce n’est pas une punition. Ce n’est pas du vol. C’est une compensation légitime pour l’usage exclusif d’un bien qui, par nature, devrait être partagé.
Et c’est cohérent avec l’axiome de propriété de soi :
- Vous possédez votre corps ✓
- Vous possédez le fruit de votre travail ✓
- Vous ne possédez pas ce que vous n’avez pas créé ✗
La terre, vous ne l’avez pas créée. Donc la taxer ne viole pas votre propriété légitime.
L’impôt sur les ressources naturelles
C’est ce que proposait l’économiste Henry George au XIXe siècle : remplacer tous les impôts par un unique impôt foncier basé sur la valeur du terrain (pas du bâti).
Son raisonnement s’étend logiquement à toutes les ressources naturelles : la société devrait capter la valeur de ce qui lui appartient naturellement.
Avantages de ce système :
- Ne décourage pas le travail (vous n’êtes pas taxé sur vos revenus)
- Ne décourage pas l’investissement (vous n’êtes pas taxé sur vos plus-values)
- Capture la valeur créée par la société (la valeur du terrain augmente grâce aux infrastructures publiques)
- Impossible à évader (on ne peut pas cacher un terrain dans un paradis fiscal)
- Encourage l’utilisation productive (un terrain mal utilisé coûte cher à garder)
- Rétribue la société pour ses biens communs (pétrole, minerais, spectre électromagnétique)
- Cohérent avec la propriété de soi (ne taxe que ce qui n’a pas été produit par le travail)
Cette idée mérite d’être considérée sérieusement. Car elle résout élégamment le paradoxe du financement : comment financer des fonctions collectives sans violer la liberté et la propriété légitime ?
Elle répond aussi à une question de justice fondamentale : à qui appartiennent les ressources naturelles de la Terre ? La réponse georgiste est claire : à tous, et donc ceux qui les utilisent exclusivement doivent compenser les autres.
C. Des rentes privées aux rentes communes
Mais le georgisme ne se limite pas à une question fiscale technique. Il opère une transformation philosophique fondamentale : de la captation privée à la redistribution commune de la rente naturelle.
La rente foncière comme transfert de richesse
Regardons comment fonctionne actuellement la propriété foncière.
Un terrain à Paris dans le 6ème arrondissement vaut environ 15 000 €/m². Pourquoi ?
Pas parce que le propriétaire a travaillé dur. Pas parce qu’il a créé de la valeur. Mais parce que :
- Paris a construit le métro il y a un siècle
- L’État a créé des universités prestigieuses
- La ville a développé des musées, des théâtres
- D’autres entreprises ont installé leurs bureaux
- Des millions de gens ont rendu le quartier attractif
- La société a investi dans la sécurité, la propreté, l’infrastructure
Toute cette valeur — créée collectivement — est capturée privativement par le propriétaire foncier.
C’est un transfert massif de richesse : de ceux qui créent la valeur (la société) vers ceux qui possèdent le terrain (les propriétaires).
Et ce transfert est perpétuel et croissant : plus la société investit, plus le terrain prend de la valeur, plus les propriétaires s’enrichissent sans rien faire.
Le problème moral de la rente privée
Rappelons notre distinction fondamentale du chapitre sur la morale naturelle.
Il existe des rentes légitimes :
- Le loyer d’un appartement que vous avez construit (vous récupérez votre investissement)
- L’intérêt sur un prêt (vous renoncez à utiliser votre argent maintenant)
- Le profit d’une entreprise (vous avez créé de la valeur)
Ces rentes sont des échanges volontaires dans une économie à somme positive.
Mais la rente foncière est différente :
- Vous n’avez pas créé la terre
- Sa valeur ne vient pas de vous
- Vous capturez ce que d’autres ont créé
- C’est un jeu à somme nulle : ce que vous possédez, d’autres ne peuvent pas le posséder
La rente foncière n’est pas le fruit de votre travail. C’est du parasitisme légalisé.
La transformation georgiste
Le georgisme propose une inversion fondamentale :
Au lieu que les rentes naturelles enrichissent quelques propriétaires privés, elles devraient enrichir la société dans son ensemble.
Concrètement :
- L’État évalue la valeur du terrain (pas du bâti)
- Applique une taxe annuelle sur cette valeur (land value tax)
- Cette taxe remplace tous les autres impôts
- Les revenus constituent un patrimoine commun
Mais comment utiliser ce patrimoine commun ?
L’usage des rentes communes : le choix individuel
Il y a deux approches philosophiquement cohérentes, et la véritable innovation consiste à laisser chaque individu choisir comment utiliser sa part du patrimoine commun :
Approche 1 : La rente universelle (dividende citoyen)
Chaque individu reçoit sa part égale du patrimoine commun sous forme de liquidités — un revenu de base inconditionnel financé par ce qui appartient à tous. Avec cet argent, vous êtes libre de vous organiser comme vous l’entendez : souscrire à une assurance santé privée, payer une école indépendante, épargner, investir, ou simplement vivre plus modestement.
Approche 2 : Le crédit de service (adhésion volontaire)
Au lieu de recevoir votre part en liquide, vous pouvez choisir d’allouer tout ou partie de votre rente commune à une “agence de gouvernance” — ce que nous appellerons désormais un État volontaire — qui vous fournit en échange des services : santé, éducation, sécurité élargie, infrastructures.
L’État volontaire : une révolution conceptuelle
C’est ici que nous quittons le libertarianisme classique pour quelque chose de plus sophistiqué.
L’État volontaire n’est pas un État minimal qui ne fait que la défense et la justice. C’est un État qui peut intervenir dans l’éducation, la santé, les infrastructures — mais qui le fait sans violer la propriété de soi, parce que :
1. Il n’a aucun privilège légal
L’État volontaire ne peut pas s’auto-octroyer de subventions via l’impôt prélevé sur ses concurrents. Il doit s’autofinancer par les “cotisations” (parts de rente commune) de ses membres qui choisissent de lui faire confiance.
S’il gère une école publique et une école privée indépendante s’installe à côté, les deux doivent concourir à armes égales. Les parents qui choisissent l’école privée récupèrent automatiquement la part de leur rente qui aurait financé l’école publique.
2. Il respecte la neutralité normative
L’État volontaire peut proposer son propre curriculum éducatif, son propre système de santé, ses propres standards de sécurité — mais il n’a aucun droit d’interdire ou de sur-réglementer les alternatives privées, associatives, ou mutuelles.
Il ne définit pas la norme à laquelle tout le monde doit se conformer. Il propose une offre parmi d’autres.
3. Le droit de sécession individuelle
Voici le mécanisme clé qui garantit le respect de la propriété de soi : à tout moment, un individu peut “démissionner” de l’État volontaire sans avoir à déménager physiquement.
Vous cessez de payer (en réallouant votre part de rente commune ailleurs) et vous cessez de recevoir les services. Mais vous restez sur votre terrain, dans votre ville, avec vos voisins.
La loi suit la personne, pas le sol.
Deux voisins peuvent vivre côte à côte, l’un adhérant au système de santé de l’État volontaire, l’autre ayant souscrit à une mutuelle privée. Chacun utilise sa part du patrimoine commun comme il l’entend.
4. L’absence de monopole territorial
Si l’État volontaire échoue à fournir des services de qualité, il ne peut pas empêcher l’émergence de juridictions privées, de mutuelles d’assurance, de coopératives d’éducation, ou même d’autres “agences de gouvernance” concurrentes sur le même territoire.
C’est la compétition juridictionnelle sans contrainte géographique.
D. La rente commune et l’État volontaire : fonctionnement concret
De quoi parle-t-on concrètement ?
Sur une base foncière estimée à environ 8 000 milliards d’euros, une taxe sur la valeur du sol (land value tax) de 4 % permettrait de dégager environ 320 milliards d’euros par an.^[Trannoy, A., & Wasmer, É. (2022). Le Grand Retour de la Terre dans les Patrimoines : Et pourquoi c’est une bonne nouvelle !. Éditions Odile Jacob]
Cette somme constitue le patrimoine commun annuel de tous les citoyens français. Si elle était intégralement redistribuée sous forme de rente universelle, chaque Français recevrait environ 380 € par mois (4 560 € par an).
Pour un foyer de 4 personnes, cela représente donc 1 520 € par mois. Un filet de sécurité substantiel qui ne dépend ni de l’emploi, ni de la croissance, mais simplement de la reconnaissance du sol comme bien commun.
Le choix individuel : trois scénarios
Scénario A : Vous choisissez la rente intégral
Vous recevez 380 € par mois. Avec cet argent, vous pouvez souscrire à une assurance santé privée ou à une mutuelle, vous pouvez payer une école privée ou associative, vous pouvez contribuer à une coopérative de sécurité de quartier, et vous pouvez épargner le reste.
Vous êtes entièrement responsable de vous organiser, mais vous avez les moyens de le faire sans dépendre d’un système unique.
Scénario B : Vous choisissez l’adhésion complète à l’État volontaire
Vous allouez vos 380 € par mois à l’agence de gouvernance publique. En échange, vous avez accès :
- Au système de santé public
- Aux écoles publiques pour vos enfants
- À des services de sécurité étendus
- À certaines infrastructures prioritaires
Vous n’avez rien à gérer vous-même, mais vous acceptez les choix et les limites du système public.
Scénario C : Vous choisissez une solution hybride
Vous allouez 150 € à l’État volontaire pour l’école publique de vos enfants (que vous trouvez satisfaisante) et vous recevez 230 € en liquide que vous utilisez pour souscrire à une assurance santé privée (car vous préférez avoir plus de choix de praticiens).
La différence avec le système actuel
Dans le système actuel, vous n’avez pas le choix : vous payez pour l’école publique via vos impôts, que vous l’utilisiez ou non. Si vous choisissez le privé, vous payez deux fois (impôts + frais de scolarité). De plus, l’État définit les normes, accrédite les établissements, et contrôle le marché. Vous ne pouvez pas “démissionner” du système sans déménager dans un autre pays.
En revanche, avec l’État volontaire, vous avez le choix : vous décidez où va votre part du patrimoine commun. Si vous choisissez le privé, votre rente vous suit. L’État ne peut pas se subventionner avec l’argent de ses non-adhérents, et vous pouvez changer d’affiliation à tout moment.
Dans un État volontaire, la loi suit la personne, pas le sol. Ainsi, deux voisins dans la même rue peuvent avoir deux systèmes juridiques différents : l’un adhérant à l’État volontaire et l’autre non.
Pour les fonctions régaliennes de base (défense du territoire, justice criminelle, ordre public fondamental), une forme de financement minimal collectif reste nécessaire, mais pour tout le reste (santé, éducation, infrastructures non-essentielles, culture), c’est le marché volontaire des juridictions.
Cette transformation philosophique est fondamentale : l’État n’est plus un maître territorial, mais un partenaire contractuel. Il n’est plus le souverain du territoire, mais un fournisseur de services parmi d’autres.
C’est la fin du monopole territorial de la contrainte, sauf pour les fonctions régaliennes de base qui, elles, restent nécessairement collectives et financées par une part minimale du patrimoine commun.
Objection : “Les gens vont arrêter de travailler”
Répondons en plusieurs parties :
1. 380 €/mois (rente intégrale) ne suffit pas pour vivre confortablement
C’est un filet de sécurité, pas un hamac. Vous ne vivrez pas dans l’opulence avec 4 560 € par an.
2. Vous gardez 100 % de votre salaire
Il n’y aurait plus d’impôt sur le revenu ni de TVA : chaque euro gagné est un euro gardé L’incitation à travailler est maximale.
3. Les données empiriques montrent le contraire
Les expérimentations de revenu de base (Alaska Permanent Fund, essais en Finlande, Kenya) ne montrent pas de réduction significative du travail. Les gens continuent à travailler, mais :
- Avec moins de stress
- Avec plus de capacité à refuser des conditions abusives
- Avec plus de temps pour se former
- Avec plus de capacité d’entrepreneuriat (filet de sécurité permet prise de risque)
4. Certains s’arrêteront, et ce n’est pas un problème
Quelqu’un qui préfère vivre modestement avec 380 €/mois plutôt que de travailler… pourquoi devrait-on le forcer ?
Si son travail créait si peu de valeur qu’il préfère 380 € à son salaire potentiel, serait-ce vraiment une perte sociale de le libérer de ce travail ?
De plus, nous entrons dans une ère nouvelle : celle de l’automatisation et de l’intelligence artificielle. Le travail humain devient de moins en moins nécessaire. Dans un contexte où il y aura de moins en moins de postes à pourvoir, il serait absurde de forcer les gens à travailler pour survivre.
Objection : “Comment finance-t-on les fonctions régaliennes et les services volontaires ?”
Par allocation du patrimoine commun selon un principe d’étanchéité budgétaire stricte.
Part 1 : Fonctions régaliennes non-optionnelles
- Justice criminelle et civile de base
- Défense du territoire
- Police fondamentale (maintien de l’ordre public)
- Infrastructure critique (routes nationales, réseau électrique de base)
Ces fonctions sont financées par une part fixe du patrimoine commun car elles bénéficient à tous et ne peuvent être individualisées.
Part 2 : Services volontaires de l’État
- Santé publique
- Éducation publique
- Infrastructures locales
- Services sociaux
Ces services sont financés uniquement par les cotisations volontaires (parts de rente) de leurs adhérents.
Part 3 : Dividende résiduel
- Ce qui reste après les deux premières parts
- Distribué à tous les citoyens
- Peut être gardé comme revenu ou utilisé pour souscrire à des services privés
La règle d’or : l’étanchéité budgétaire
Pour éviter que l’État volontaire ne dérive vers un État-providence coercitif, une règle d’étanchéité budgétaire doit être gravée dans le marbre :
Les services de bien-être (santé, éducation, culture, etc.) ne peuvent être financés que par les cotisations volontaires de leurs usagers.
La rente foncière, bien commun de tous, ne peut servir de “chèque en blanc” pour combler les déficits d’une gestion publique inefficace.
Si l’État prestataire gère mal ses services :
- Il perd des adhérents qui réallouent leur rente ailleurs
- Ses revenus baissent proportionnellement
- Il doit se restructurer ou faire faillite
Pas de dette souveraine : Les agences de l’État volontaire ne peuvent pas emprunter au nom de ceux qui n’ont pas signé le contrat.
Comptabilité par branche : Si la branche “Santé” de l’État volontaire est mal gérée, elle ne peut pas être renflouée par la taxe foncière générale ou par d’autres branches. Elle doit soit augmenter ses cotisations (et risquer la fuite de ses membres), soit améliorer sa gestion.
Objection : “Les riches fuiront le système public pour des services privés de luxe”
Ce n’est pas grave. Les riches — qui possèdent plus de foncier — contribueront davantage au patrimoine commun via la land value tax qu’ils n’en recevront en retour sous forme de rente universelle. Leur part de rente et leurs revenus seront sûrement alloués à des prestataires privés, mais le surplus financera les parts de rente des autres.
Les classes moyennes et populaires qui, si elles le souhaitent, choisiront le système public bénéficieront pleinement de leur part de rente allouée aux services publics.
Objection : “Les propriétaires vont perdre leur investissement”
L’idée que le propriétaire est “perdant” repose sur une confusion entre la valeur du sol (la rente) et la valeur de l’immobilier (votre maison, votre travail). En réalité, une land value tax transforme le propriétaire de “détenteur de rente” en “investisseur productif”.
Dans le système actuel, si vous rénovez votre maison, isolez votre toit ou ajoutez une extension, vos impôts augmentent. Avec la réforme georgiste, votre bâtiment est totalement exonéré. Vous pouvez construire le plus bel immeuble du quartier ou transformer votre jardin en oasis : votre taxe reste la même, basée uniquement sur l’emplacement et la superficie du terrain. Vous gardez 100 % de la valeur que vous créez.
De plus, la plupart des propriétaires sont aussi des travailleurs et des consommateurs : le coût de la land value tax est compensé (voire largement dépassé) par l’augmentation mécanique du salaire net et de l’épargne grâce à la suppression de l’impôt sur le revenu et de la TVA, auxquels s’ajoutent la part de rente universelle reçue.
Pour un propriétaire occupant classique, le bilan est strictement positif : il paie pour l’espace qu’il occupe, mais il cesse d’être taxé sur tout ce qu’il produit et consomme, et il reçoit sa part du patrimoine commun.
Celui qui est réellement puni par une telle mesure, c’est le spéculateur foncier, puisqu’un terrain qui n’est pas correctement exploité crée un trou de trésorerie pour son propriétaire.
La spéculation foncière crée des “dents creuses” (terrains vagues, immeubles délabrés) qui tirent la valeur de tout un quartier vers le bas. La land value tax incite fortement les propriétaires à utiliser leur terrain ou à le vendre à quelqu’un qui le fera. Mécaniquement, votre quartier devient plus dynamique, mieux desservi, avec des commerces de proximité et des services plus denses. La qualité de votre environnement de vie augmente simplement parce que la spéculation pure ne suffit plus à s’enrichir.
Ainsi, le propriétaire ne perd pas son investissement ; il voit la nature de celui-ci changer. Il cesse d’être un spéculateur passif qui attend que la société valorise son terrain à sa place, pour devenir un maître d’ouvrage libre de valoriser son bien sans jamais être pénalisé.
La distinction cruciale avec le socialisme
Certains pourraient y voir une forme de socialisme, mais ce n’est rigoureusement pas le cas.
Le socialisme centralise la propriété des moyens de production et impose une gestion collective centralisée. Il nie la propriété privée du fruit du travail et la liberté contractuelle.
L’État, dans le cadre de l’État volontaire, respecte intégralement la propriété privée du fruit du travail et permet la concurrence entre offreurs de services (État, privé, mutuelle, coopérative). Il garantit le droit de sortie individuel et maintient la responsabilité et la comptabilité séparées par branche. Il redistribue uniquement la rente sur les ressources naturelles qui n’appartiennent à personne.
Le propriétaire d’un terrain en garde l’usufruit absolu : personne ne peut prétendre l’exproprier ou s’approprier son bâti, ou lui interdire d’en jouir comme il l’entend. Tout ce que lui demande la société, en échange, c’est de compenser l’usage de ressources naturelles auxquelles elle n’a plus accès.
L’État volontaire est un prestataire de services parmi d’autres qui doit convaincre plutôt que contraindre, pas un planificateur central tyrannique.
Ce que cela signifie concrètement
Imaginons vivre sous un système georgiste avec État volontaire :
Vous êtes salarié ? Vous ne payez plus de cotisations sociales, ni d’impôt sur le revenu, ni de TVA. Vous recevez votre part de rente universelle en complément de votre salaire qui a augmenté, et vous pouvez choisir les services publics auxquels vous adhérez.
Vous êtes étudiant ? Votre part de rente universelle vous permet de financer une partie de vos études, que ce soit dans le public ou dans le privé, peu importe votre situation familiale et votre origine sociale.
Vous êtes entrepreneur ? Votre risque est partiellement compensé par la part de rente universelle que vous recevez.
Vous êtes sans emploi depuis 6 mois ? Vous recevez votre part de rente universelle automatiquement, sans bureaucratie ni humiliation, et sans risque d’essuyer un refus arbitraire. Vous pouvez maintenir votre adhésion aux services publics ou souscrire à une mutuelle.
Vous possédez un appartement que vous habitez ? Vous payez une taxe sur la valeur du terrain, mais elle reste abordable car vous ne payez plus d’impôt sur le revenu, ni de TVA, ni de cotisations sociales, et vous recevez quand même une part de rente universelle.
Vous êtes mécontent de l’école publique de votre quartier ? Avant, vous étiez coincé, sauf si vous pouviez payer le privé en plus de vos impôts. Maintenant, vous pouvez réallouer la part “éducation” de votre rente à l’école privée/associative/coopérative de votre choix.
Vous possédez un terrain constructible en centre-ville que vous laissez vide ? Le coût non-compensé qu’il représente vous incite à mieux l’exploiter ou à le vendre à quelqu’un qui en aura l’utilité.
L’équilibre global : Les gros propriétaires fonciers et les spéculateurs paient leur dette envers la société, tout le monde a le choix de comment utiliser sa part du patrimoine commun, et l’État volontaire doit être compétitif pour garder ses adhérents.
Le georgisme et l’État volontaire contre les monopoles
Et voici comment le système proposé aide également contre le pouvoir privé :
| Enjeu / Problème | Solution Proposée | Mécanisme de Résolution |
|---|---|---|
| Monopole territorial : Un acteur achète toutes les terres entourant une ville pour bloquer l’accès ou la concurrence. | Taxe sur la valeur du sol (LVT) | La possession de vastes terres sans usage productif devient financièrement prohibitive. La taxe augmente avec l’accumulation, forçant la remise sur le marché. |
| Spéculation foncière : Un propriétaire laisse un terrain vide pour parier sur la hausse de valeur sans rien produire. | Incitation à l’usage productif | Un terrain vide ne rapporte rien mais coûte en taxe. Le propriétaire est contraint d’utiliser le sol ou de le céder à quelqu’un qui créera de la valeur. |
| Oligarchies des ressources : Capture des richesses naturelles (pétrole, minerais) par une minorité. | Captation de la rente par la société | Les entreprises profitent de leur travail d’extraction (jeu à somme positive), mais la rente de la ressource elle-même est captée par la collectivité. |
| Monopole étatique : L’État centralise les services (santé, éducation), créant une dépendance et une sclérose bureaucratique. | Modèle de l’État Volontaire | L’État doit convaincre les citoyens d’allouer leur part de rente à ses services. Sans monopole légal, il est soumis à la concurrence de l’efficacité. |
| Monopole privé : Une entreprise ou une corporation capture un secteur essentiel (ex: santé ou éducation). | Liquidité du consentement | Les citoyens peuvent réallouer instantanément leur rente vers des mutuelles ou des coopératives. Le droit d’entrée libre empêche la formation de barrières durables. |
F. Comment empêcher la dérive ?
Nous avons passé plusieurs chapitres à montrer comment l’État-providence grossit inexorablement, comment la logique démocratique pousse à l’expansion, et comment chaque crise devient prétexte à de nouveaux pouvoirs jamais rendus. Puis nous avons présenté un système georgiste élégant avec un État volontaire — et nous avons implicitement supposé qu’il resterait sagement dans ses limites.
Mais la question se doit d’être posée : qu’est-ce qui empêcherait l’État volontaire de devenir coercitif ? De recréer des impôts supplémentaires ? D’élargir ses fonctions non-optionnelles ? D’empêcher la concurrence ?
Si nous ne répondons pas à cette question, notre proposition n’est qu’une utopie de plus, un rêve qui s’effacerait au premier contact avec la réalité politique.
L’illusion du clivage gauche-droite et le problème de la politique
Le système proposé — État volontaire dérivé du georgisme — est-il de gauche ou de droite ?
La question semble naturelle, mais elle est en fait mal posée. Comprendre pourquoi elle est mal posée éclaire la nature même du problème politique.
Le clivage gauche-droite trouve son origine au début de la Révolution française : lorsqu’il a fallu compter les voix lors de la première séance de l’Assemblée constituante, les partisans du roi se sont réunis à la droite du président de séance, et les partisans du changement à sa gauche. Bien plus tard, lors de la Restauration, cette pratique s’est pérennisée. Ce clivage faisait sens à l’époque : la société, arrêtée au croisement de l’Ancien Régime et de la Révolution, était confrontée à deux alternatives : conforter les acquis civils et libéraux de la Révolution, ou restaurer l’ordre social et politique essentialiste de l’Ancien Régime.
Deux siècles plus tard, nous utilisons toujours cette grille de lecture. Mais elle ne mesure plus rien de concret.
Observez le paysage politique français actuel : malgré des divergences idéologiques proclamées, les extrêmes se rejoignent sur plusieurs points — protectionnisme économique, méfiance envers l’Union européenne, critique des élites. C’est la fameuse “théorie du fer à cheval”, utilisée par le centre pour montrer les convergences des extrêmes, et contestée par les extrêmes qui s’évertuent à montrer leurs divergences avec l’autre bord.
Le centre, lui, n’est pas non plus une synthèse de la gauche et de la droite. Sinon, d’où lui viendrait la notion de liberté économique si elle n’est présente ni à l’extrême-gauche ni à l’extrême-droite ? Le centre présente encore une autre idéologie spécifique qui ne se situe pas spécifiquement au croisement de la gauche et de la droite.
De plus, il peut y avoir des divergences irréconciliables entre deux partis de gauche (un social-démocrate et un communiste n’ont pas grand-chose en commun) ou deux partis de droite (un libéral et un nationaliste non plus).
Ce modèle n’a d’ailleurs pas atteint qu’une limite théorique. Nous voyons apparaître en France des mouvements “attrape-tout” qui refusent le positionnement sur le spectre. La France Insoumise refuse qu’on la qualifie d’extrême-gauche ; lorsqu’Emmanuel Macron a créé En Marche, le mouvement se disait “ni de gauche ni de droite” ; le Rassemblement National, bien qu’historiquement d’extrême-droite, évite maintenant soigneusement le terme et préfère dire qu’il est “au-delà de ce clivage”.
Nous pouvons voir cela comme du cynisme électoral — l’objectif d’une telle stratégie étant évidemment de “ratisser large”, en particulier auprès des indécis —, mais c’est aussi une reconnaissance implicite que le clivage ne fonctionne plus.
La théorie du fer à cheval est critiquable, mais elle démontre au moins une chose : ajouter une deuxième dimension permet de mieux positionner les mouvements politiques les uns par rapport aux autres.
C’est l’initiative du Political Compass et d’outils similaires, qui placent les idéologies sur deux axes : économique (planification vs. laissez-faire) et social (liberté individuelle vs. autoritarisme). On obtient ainsi quatre quadrants : communisme autoritaire, conservatisme, libéralisme, et social-démocratie libertaire.
Mais un nouveau problème émerge : certaines idéologies restent difficiles à placer. Prenez le Rassemblement National. Il lutte explicitement contre le laissez-faire économique, pourtant il semble exagéré de le placer dans le quadrant “communisme”. Il n’est pas non plus conservateur au sens traditionnel (défense des institutions, de l’ordre établi, de la religion). Dès qu’une idéologie sort de ce qu’on attend de son quadrant, elle devient inclassable.
À nouveau, il manque une dimension.
Mais même si nous représentions les idéologies sur un espace tridimensionnel — ce qui serait déjà visuellement inintelligible — le problème persisterait, car une idéologie ne se situe pas sur trois dimensions, ni sur quatre, mais sur autant de dimensions qu’il y a de sujets politiques.
Immigration, fiscalité, Europe, laïcité, environnement, politique étrangère, régulation économique, libertés individuelles, sécurité, éducation… Chaque sujet est un axe. Et la position d’un parti sur un axe ne prédit pas sa position sur les autres.
Ainsi, il n’est tout simplement pas possible de représenter correctement les convergences et divergences entre idéologies. On ne peut proposer que des abstractions, et nos abstractions sont mauvaises et alimentent l’ego plutôt que la compréhension. Les militants des extrémités du spectre sont très fiers d’être à leur extrémité, et voient l’autre extrémité comme l’immoralité absolue. Alors qu’ils partagent peut-être plus de positions concrètes qu’ils n’en partagent avec le centre.
Ce que cela implique pour notre propos
Pourquoi cette digression ?
Parce qu’elle éclaire trois points essentiels.
Premièrement, quand nous disons que le système proposé “transcende le clivage gauche-droite”, nous disons en fait que la question est mal posée. Demander si l’État volontaire georgiste est de gauche ou de droite, c’est comme demander si le nombre 7 est plutôt rouge ou plutôt bleu. La grille de lecture est inadéquate à l’objet.
Deuxièmement, cela explique en partie pourquoi le débat politique est si stérile. Les électeurs sont forcés de choisir sur un axe qui ne représente pas la réalité. Ils votent pour des paquets de positions préemballées, mais jamais pour leurs préférences réelles sur chaque sujet. Un ouvrier peut vouloir la protection sociale et le contrôle de l’immigration. Un entrepreneur peut vouloir la liberté économique et la protection de l’environnement. Mais les “paquets” disponibles ne correspondent pas à ces combinaisons.
Troisièmement, cela révèle la nature du jeu politique. Si le clivage gauche-droite ne mesure rien de réel, pourquoi persiste-t-il ? Parce qu’il structure la compétition pour le pouvoir. Il crée des identités, des camps, des loyautés. Il permet de mobiliser des électeurs sans avoir à défendre chaque position sur le fond. Il transforme la politique en sport d’équipe.
Et c’est précisément ce jeu qu’il faut comprendre pour achever le diagnostic de la dérive de l’État.
Le diagnostic : la logique électorale elle-même
À bien y regarder, le problème n’est pas que nos institutions soient mal conçues, mais la compétition électorale coercitive en elle-même.
Le politicien qui promet le plus à ses électeurs bat celui qui promet le moins. L’électeur vote pour des bénéfices concentrés (une subvention pour son secteur, un programme pour sa région) et ignore les coûts diffus et les externalités négatives. Le lobby qui capture une rente investit des millions pour la défendre — les contribuables qui la financent n’investissent rien, car leur part individuelle est trop faible pour justifier l’effort.
Chaque acteur, individuellement rationnel, pousse dans la même direction. C’est un équilibre de Nash dont personne ne peut sortir unilatéralement.
C’est pourquoi tous les États-Providence ont grossi. La France est passée de 10% du PIB prélevé en 1900 à plus de 45% aujourd’hui. Les États-Unis, malgré leur rhétorique anti-étatique, ont suivi la même trajectoire.
La solution : supprimer le butin et permettre la sortie
Si le problème est que l’État coercitif est un butin que chacun cherche à capturer, la solution est double :
1. Faire en sorte qu’il n’y ait plus de butin à capturer
Si le revenu de l’État régalien est déterminé par une formule constitutionnelle (part fixe de la valeur foncière), et si la dépense est également déterminée par une formule (fonctions régaliennes strictement définies), alors il n’y a plus rien à promettre sur la part coercitive.
Le politicien ne peut pas promettre de nouveaux programmes régaliens — il n’y a pas de budget discrétionnaire. Il ne peut pas promettre de baisses d’impôts ciblées, car le taux est unique et constitutionnel pour la part régalienne.
2. Permettre la sortie individuelle pour tout le reste
Pour les services non-régaliens (santé, éducation, infrastructures locales), l’État ne peut pas les financer de manière coercitive. Il ne peut que les proposer et convaincre les citoyens d’y allouer leur part de rente commune.
Si les citoyens ne sont pas satisfaits, ils réallouent leur rente ailleurs : vers des prestataires privés, des mutuelles, des coopératives, ou d’autres agences de gouvernance concurrentes.
L’État devient partiellement une machine (pour les fonctions régaliennes) et partiellement un prestataire de services (pour tout le reste). Et si l’État prestataire n’est plus compétitif, la course au pouvoir pour le contrôler perd son attrait, car il n’y a plus de rente à distribuer arbitrairement.
Restent ceux qui veulent sincèrement administrer la chose publique et convaincre les citoyens de la qualité de leurs services.
Il s’agit de la même logique que celle que nous avons appliquée à la fiscalité : nous avons résolu le problème de l’impôt en le limitant aux biens communs, nous avons résolu le problème de la redistribution en la rendant universelle et optionnelle pour les services. Nous résolvons maintenant le problème du pouvoir en supprimant le pouvoir discrétionnaire coercitif pour tout ce qui n’est pas strictement régalien.
Les verrous constitutionnels
Seulement, une formule peut être modifiée et une constitution peut être amendée. Qu’est-ce qui empêche une majorité de défaire ce que nous avons construit ?
Rien, en dernière instance. Il n’existe pas de verrou absolument inviolable. Mais nous pouvons créer des frictions significatives qui rendent la dérive difficile, visible et coûteuse.
Exigence de super-majorité : Toute modification de la formule fiscale régalienne ou des fonctions non-optionnelles de l’État requiert non pas 50 % + 1, mais les deux tiers ou les trois quarts des voix. Cela empêche une coalition temporaire de défaire le système.
Interdiction constitutionnelle de financement coercitif pour les services non-régaliens : L’État ne peut PAS financer la santé, l’éducation, ou les infrastructures locales par l’impôt obligatoire. Ces services ne peuvent être financés que par les cotisations volontaires (parts de rente) de leurs adhérents. Violer cette règle nécessite une modification constitutionnelle avec super-majorité.
Référendum obligatoire : Toute modification doit être approuvée directement par le peuple, pas seulement par ses représentants. Le modèle suisse montre que les citoyens, quand on leur demande directement, sont plus conservateurs fiscalement que leurs élus, car ils paient eux-mêmes ce qu’ils votent.
Délais de carence : Une modification votée aujourd’hui ne s’applique que dans cinq ou dix ans. Cela empêche les réactions à chaud et les “mesures d’urgence” qui deviennent permanentes.
Clauses d’extinction automatique : Toute exception au système de base expire automatiquement après une durée fixe. Sans vote explicite de renouvellement par une super-majorité, elle disparaît. Le fardeau de la preuve est inversé : ce n’est plus à nous de justifier pourquoi l’exception doit cesser, mais à ses défenseurs de justifier pourquoi elle doit continuer.
Droit de sécession individuelle inaliénable : La constitution garantit que tout citoyen peut à tout moment réallouer sa part de rente commune. Ce droit ne peut être suspendu, même en temps de crise. Il s’agit du verrou ultime contre le retour du monopole coercitif.
Ces mécanismes ne sont pas des garanties absolues, mais ils ont le mérite de déplacer le problème : au lieu de batailles budgétaires annuelles — faciles à corrompre, techniques, invisibles au public — nous avons des batailles constitutionnelles rares, visibles, et politiquement coûteuses.
Le tirage au sort : supprimer la classe politique
Mais même avec ces verrous, il reste le problème de la classe politique elle-même. Des gens qui font carrière dans la politique développent des intérêts propres. Ils ont besoin de financer leurs campagnes, de récompenser leurs soutiens, de préparer leur réélection. Même avec peu de pouvoir discrétionnaire coercitif, ils chercheront à en créer.
Une solution existe : le tirage au sort.
Si les représentants sont tirés au sort plutôt qu’élus, le mécanisme de corruption que nous avons décrit disparaît. Pas de campagne, donc pas de promesses électorales. Pas de réélection à préparer, donc pas d’incitation à plaire aux lobbies. Rotation rapide, donc pas de carrière politique, pas de classe politique professionnelle.
Athènes a fonctionné ainsi pendant deux siècles. Les jurys d’assises fonctionnent ainsi aujourd’hui. Les conventions citoyennes récentes montrent que des citoyens ordinaires, correctement informés, délibèrent souvent mieux que des politiciens professionnels, précisément parce qu’ils n’ont pas d’agenda caché.
Dans notre système, les citoyens tirés au sort auraient un rôle de gardien plus que de gouvernant :
- Ils n’auraient pas à décider comment dépenser l’argent régalien, la formule le fait
- Ils n’auraient pas à gérer les services non-régaliens, les agences volontaires le font
- Leur rôle serait de contrôler que la formule est appliquée, de surveiller les exécutifs régaliens, de juger les cas litigieux, et de certifier que les agences de gouvernance respectent les règles de concurrence équitable
Le problème des fonctions exécutives régaliennes
Il reste tout de même une objection sérieuse : nous pouvons concevoir un système fiscal automatique, des services volontaires, et un contrôle par tirage au sort, mais il restera toujours des fonctions régaliennes qui exigent commandement, hiérarchie, continuité.
Qui dirige l’armée ? Ou la police de base ? Ou le système judiciaire criminel ?
Ces fonctions ne peuvent pas être exercées par des assemblées délibérantes ou des citoyens tirés au sort qui changent régulièrement. Elles exigent des professionnels permanents avec du pouvoir réel.
De plus, l’histoire montre que lorsque le pouvoir civil est faible ou fragmenté, ce sont précisément ces corps permanents qui finissent par gouverner. Les coups d’État ne viennent pas des assemblées mais des généraux.
Plusieurs mécanismes peuvent limiter ce risque :
La fragmentation de l’exécutif. Au lieu d’un chef unique qui contrôle armée, police et justice, ces fonctions sont séparées avec des têtes distinctes, sans lien hiérarchique entre elles. Le chef de la défense ne commande pas la police et le procureur général ne dépend pas du ministre de l’intérieur. Chacun est nommé et révoqué par des corps différents de citoyens tirés au sort. Un coup d’État exige alors une coordination entre des acteurs qui n’ont pas l’habitude de coopérer et qui se méfient les uns des autres.
L’armée citoyenne plutôt que l’armée permanente. C’était l’intuition des républicains classiques, de Machiavel aux Pères fondateurs américains. Une armée professionnelle permanente est un danger pour la liberté : elle développe des intérêts propres, une culture séparée, une loyauté envers ses chefs plutôt qu’envers le peuple. L’armée citoyenne — le modèle suisse — inverse la logique : l’armée est le peuple. Les officiers commandent des hommes qui, dans la vie civile, sont leurs voisins, leurs clients, leurs employeurs. La capture du pouvoir militaire devient structurellement difficile.
La décentralisation radicale. Si la police est municipale, la justice régionale, et qu’il n’existe pas vraiment de “centre” à capturer, le coup d’État classique devient impossible. Que saisissez-vous ? Il n’y a pas de palais présidentiel dont le contrôle vous donne le pays.
La révocabilité permanente. Les exécutifs servent à la discrétion des corps de contrôle tirés au sort, révocables à tout moment sans procédure complexe. Cela empêche l’accumulation de pouvoir personnel sur la durée.
La gestion des crises
Une dernière objection : que fait-on face aux crises ? Guerre, pandémie, effondrement financier… Ne faut-il pas un pouvoir fort capable de réagir vite ?
Répondons en plusieurs temps.
Premièrement, beaucoup de “crises” sont créées par l’État lui-même. La crise des subprimes était le résultat d’une politique de crédit facile de la banque centrale, mêlée à des garanties implicites aux institutions financières et à des incitations réglementaires à prêter aux ménages insolvables.
Deuxièmement, les crises servent de prétexte à l’expansion permanente. L’impôt sur le revenu américain était “temporaire” pour financer la Première Guerre mondiale. Les pouvoirs de surveillance post-11 septembre sont toujours là vingt ans après. Les “mesures exceptionnelles” du Covid se sont normalisées. Chaque crise est un cliquet : l’État s’étend, puis ne revient jamais à l’état antérieur.
Troisièmement, des mécanismes d’urgence encadrés sont possibles. Un système georgiste avec État volontaire n’interdit pas toute réponse aux crises. Seul l’encadrement diffère.
Un pourcentage de la land value tax pourrait alimenter automatiquement un fonds de réserve, une épargne de précaution collective, utilisable uniquement dans des conditions définies à l’avance, telles qu’une invasion du territoire, une catastrophe naturelle d’une certaine ampleur, ou une pandémie.
Des pouvoirs d’urgence à expiration automatique pourraient être déclenchés par des critères objectifs, avec une durée strictement limitée et une extinction automatique en l’absence de vote de renouvellement explicite par une super-majorité. Les corps tirés au sort pourraient activer ces mesures mais pas les pérenniser.
CRITIQUE : Même en cas d’urgence, l’État ne peut pas forcer les citoyens à financer des services non-régaliens. S’il veut mobiliser plus de ressources pour la santé pendant une pandémie, il doit convaincre les citoyens de réallouer volontairement leur rente, ou emprunter dans des limites constitutionnelles avec obligation de remboursement.
En cas de besoin supplémentaire, l’État pourrait emprunter dans des limites constitutionnelles. L’emprunt doit être remboursé — ce qui crée une incitation naturelle à ne pas en abuser. C’est différent de créer de nouveaux impôts coercitifs qui deviennent permanents.
Pour la guerre défensive, l’armée citoyenne permet une mobilisation massive sans appareil militaire permanent. L’Ukraine en 2022 n’a pas eu besoin de conscription forcée : les volontaires affluaient. Quand la menace est réelle et perçue comme telle, la population se mobilise naturellement pour protéger son bien commun.
L’argument comparatif
Soyons clairs sur ce que nous affirmons et ce que nous n’affirmons pas.
Nous n’affirmons pas qu’un tel système est parfait, ni qu’il garantit la liberté pour toujours. Aucun système institutionnel — à notre connaissance — ne le peut.
Nous affirmons que ce système résiste mieux à la dégradation que l’État-providence démocratique coercitif.
L’État-providence a un équilibre naturel : l’expansion continue. Pour dériver, il suffit de voter des budgets, ce qui se fait chaque année dans l’indifférence générale. La dérive est graduelle, technique, et invisible. Elle est quasiment irréversible : chaque programme crée une clientèle qui le défend.
Le système proposé a un équilibre différent : la stabilité relative. Pour dériver vers la coercition, il faut modifier la constitution, ce qui est rare, visible, et politiquement coûteux. La dérive, si elle survient, est explicite et contestable. Et elle est plus facilement réversible : les citoyens peuvent immédiatement réallouer leur rente si un service devient oppressif ou inefficace.
Prenez ces deux systèmes imparfaitement appliqués, avec des humains imparfaits aux commandes. Laissez-les fonctionner pendant cinquante ans. L’État-providence sera à 60 % du PIB avec une dette massive et des services monopolistiques inefficaces. L’autre système aura peut-être élargi modérément ses fonctions régaliennes non-optionnelles, mais les services non-régaliens resteront soumis à la concurrence et au droit de sortie.
La question n’est pas de savoir si ce système est parfait, mais s’il est meilleur que celui qui a manifestement échoué.
Les indices empiriques
Nous ne pouvons pas étudier le cas d’un pays entièrement sous système georgiste avec État volontaire, mais nous pouvons montrer des éléments qui fonctionnent quand ils sont appliqués partiellement.
L’Alaska Permanent Fund distribue un dividende sur les ressources pétrolières depuis 1982. Personne ne propose de l’abolir car tout le monde en bénéficie de manière égale. Il n’y a pas de coalition pour le démanteler, car le démanteler, ce serait se voler soi-même.
La Suisse combine fédéralisme réel, référendums obligatoires sur les hausses fiscales, et compétition entre cantons. On y observe un État nettement plus contenu que ses voisins — malgré une population éduquée qui pourrait théoriquement voter pour plus de redistribution. De plus, le système suisse d’assurance santé repose sur des caisses privées en concurrence, avec obligation d’assurance mais liberté de choix du prestataire — une forme embryonnaire d’État volontaire.
Les jurys et conventions citoyennes tirés au sort délibèrent souvent mieux que les parlements. La Convention Citoyenne pour le Climat en France a produit des propositions plus cohérentes que ce que le Parlement aurait pu produire, précisément parce que ses membres n’avaient pas de carrière à protéger.
Les mutuelles de santé, les coopératives d’éducation, et les associations de services montrent qu’il est possible d’organiser des services collectifs sans monopole étatique coercitif, sur une base volontaire et avec une gestion démocratique par les adhérents.
Ce ne sont pas des preuves définitives, mais ce sont au moins des indices que les mécanismes proposés fonctionnent quand on leur donne une chance.
Le renversement de la charge de la preuve
Une dernière remarque sur la méthode.
L’État-providence démocratique coercitif n’est pas un système “neutre” contre lequel nous devrions défendre une “utopie risquée”. Il est lui-même une expérience historique récente — un siècle environ — dont les résultats sont maintenant visibles : dette massive, bureaucratie étouffante, fiscalité confiscatoire, réglementation paralysante, infantilisation des citoyens, destruction de la responsabilité personnelle, capture par les intérêts organisés, monopoles de services inefficaces, impossibilité de sortie, capture des ressources par les vieux au détriment des jeunes ; le tout paralysé par une incapacité chronique à se réformer.
Tout cela, ce n’est pas de la théorie, mais le bilan observable de l’État-providence réellement existant, et nous l’avons documenté dans les chapitres précédents.
Ce n’est donc pas à nous de prouver que notre système est parfait. C’est à nos contradicteurs d’expliquer pourquoi ils veulent continuer un système dont l’échec est documenté.
Nous proposons une alternative cohérente, fondée sur des principes clairs, avec des mécanismes de protection explicites. Elle n’est pas parfaite et ne peut pas l’être. Elle a, cependant, le mérite de ne pas avoir déjà échoué.
Les limites de toute ingénierie institutionnelle
Concluons cette section par un aveu d’humilité.
Nous avons proposé des mécanismes : formule automatique pour les fonctions régaliennes, verrous constitutionnels, tirage au sort, fragmentation de l’exécutif, armée citoyenne, décentralisation, pouvoirs d’urgence encadrés, droit de sécession individuelle inaliénable, concurrence équitable entre offreurs de services.
Ces mécanismes créent des frictions contre la dérive. Ils rendent l’expansion coercitive difficile, visible, coûteuse. Mais ils ne la rendent pas impossible.
En dernière instance, aucun système institutionnel ne peut garantir la liberté contre un peuple qui n’en veut plus.
Si une majorité suffisante décide qu’elle préfère la sécurité à la liberté, le confort à la responsabilité, les promesses faciles aux choix difficiles, le monopole coercitif au droit de sortie ; alors aucun verrou constitutionnel ne tiendra. Les constitutions ne sont que du papier, et leur valeur une fiction sociale ; leur force ne vient que de la volonté collective de les respecter.
C’est pourquoi ce livre ne s’adresse pas seulement à l’intelligence, mais aussi au cœur. Nous essayons de montrer non seulement que la liberté est possible, mais qu’elle est désirable — qu’une vie libre et responsable, avec le droit de choisir ses propres institutions, est plus digne, plus riche, plus humaine qu’une vie de dépendance confortable dans un système monopolistique.
La vigilance citoyenne reste, en dernière instance, le seul vrai rempart. Pas seulement la vigilance contre un ennemi extérieur, mais aussi contre notre propre tentation de troquer notre liberté contre de fausses sécurités, nos responsabilités contre un confort factice, ou d’empêcher les autres de sortir des systèmes qui nous arrangent.
Les institutions que nous proposons ne font que faciliter cette vigilance. Elles ne peuvent pas la remplacer.
Conclusion : La synthèse georgiste et l’État volontaire
Nous avons maintenant établi les principes complets de la société libre :
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L’État régalien doit rester minimal : défense, ordre, justice — et ses fonctions strictement définies par la constitution, financées par une part fixe du patrimoine commun
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L’État peut proposer des services supplémentaires (santé, éducation, infrastructures) mais uniquement sur une base volontaire, financés par les cotisations (parts de rente) de ses adhérents, sans privilège légal ni monopole
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Le droit de sécession individuelle est inaliénable : tout citoyen peut à tout moment réallouer sa part de rente commune vers d’autres prestataires (privés, mutualistes, coopératifs, ou d’autres agences de gouvernance)
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La régulation détruit la morale individuelle et doit être remplacée par la responsabilité stricte
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L’économie de marché est le processus démocratique quotidien : malgré ses imperfections, elle coordonne mieux que la planification, et la concurrence entre juridictions améliore les services collectifs
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La propriété de soi est l’axiome fondamental : vous possédez votre corps et le fruit de votre travail
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Les ressources naturelles appartiennent à tous : leur usage privatif doit compenser la société via une taxe unique sur la valeur foncière
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Le patrimoine commun est distribué de manière flexible : une part fixe finance les fonctions régaliennes, une part optionnelle finance les services volontaires de l’État, le reste est soit versé en rente universelle, soit alloué à des prestataires alternatifs
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Les mécanismes institutionnels protègent contre la dérive : formule fiscale automatique, verrous constitutionnels, tirage au sort pour le contrôle, fragmentation et décentralisation de l’exécutif, étanchéité budgétaire stricte entre régalien et volontaire
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La vigilance citoyenne reste le rempart ultime : aucune institution ne peut garantir la liberté contre un peuple qui n’en veut plus
Le système proposé transcende le faux dilemme gauche/droite :
- Liberté individuelle maximale (pas d’impôt sur le revenu, pas de régulation moralisatrice, droit de sortie des services collectifs)
- Justice sociale maximale (chacun reçoit sa part du patrimoine commun, accès universel aux services de base)
- Responsabilité personnelle préservée (ce n’est pas une aide, c’est un droit ; vous choisissez comment utiliser votre part)
- Efficacité économique (incitations correctes, concurrence entre prestataires de services, pas de monopole inefficace)
- Résistance à la dérive (l’État régalien est une machine avec des ressources fixes ; l’État volontaire doit convaincre sous peine de perdre ses adhérents)
- Solidarité sans coercition (services collectifs possibles mais sur une base contractuelle, pas monopolistique)
C’est la société libre que nous défendons : ni la jungle darwinienne où les faibles sont abandonnés, ni l’État-Dieu qui infantilise et contrôle, ni le libertarianisme pur qui refuse toute coordination collective, mais une société où chacun possède son travail ET sa part de la Terre, où les services collectifs existent mais en concurrence équitable, où personne n’est forcé d’adhérer à un système qui ne lui convient pas ; et où les institutions sont conçues pour préserver cette liberté plutôt que pour l’éroder.
Une structure de pouvoir fondée sur la liberté, la justice, la responsabilité, le choix, la propriété privée, le patrimoine commun, la concurrence équitable, les mécanismes automatiques, et la vigilance humaine.
Nous ne prétendons pas avoir résolu définitivement le problème politique. Personne ne l’a fait, et peut-être que personne ne le fera. Les sociétés humaines sont des équilibres instables, toujours menacés par la tentation du pouvoir, qu’il soit étatique coercitif ou monopolistique privé.
Mais nous avons proposé un système qui a quatre mérites : il est cohérent avec les principes de la liberté, il est résistant aux mécanismes habituels de la dérive, il permet la coordination collective sans la coercition, et il n’a pas — contrairement à l’État-providence — déjà échoué.
C’est une base sur laquelle construire. Le reste dépend de nous.
Mais toute cette philosophie politique, toute cette théorie de la liberté et de la justice — à quoi sert-elle si nous vivons seuls et isolés ?
Car nous avons parlé de structures, de systèmes, d’États, d’économies, de fiscalité, d’institutions. Mais nous n’avons pas encore parlé de l’essentiel : les relations humaines.
Qu’est-ce qui donne véritablement sens à nos vies ? Nous ne parlons pas des principes abstraits, ni des théories politiques, ni même la justice fiscale ou les mécanismes constitutionnels, mais des autres êtres conscients avec qui nous partageons cette existence.
C’est ce que nous allons explorer maintenant dans notre dernier chapitre : la vie vécue, la communauté, l’amour, la mort — tout ce qui fait que nous sommes humains au-delà des systèmes et des lois.